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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/414

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MICHELET (Jules)



Grand poète en prose, il n’a que bien rarement fait des vers. Toute sa poésie a passé dans l’histoire, ou dans ces livres sur la nature : l’Insecte, l’Oiseau, la Mer, qui marquèrent sa dernière manière.

La petite pièce, la Mendiante, que nous donnons ici, est de sa jeunesse, quand il cherchait, comme on dit, sa note, et se demandait sur quel « mode » rimé ou non il chanterait.

Il était alors tout à la piété. Elevé dans une vieille église gothique, où son père s’était fait imprimeur d’assignats, il y avait pris je ne sais quelle mysticité mélancolique, dont sont empreintes tant de pages de ses livres, celles entre autres où il parle de Jeanne d’Arc, et qui resta comme l’auréole de son talent, même lorsqu’il eut rompu avec la foi.

C’est le temps, qui avait suivi de près cette première lecture de l’Imitation qui l’avait si vivement ému, et dont il a parlé ainsi : « Comment dire l’état de rêve où me jetèrent les premières paroles de ce livre ? Ces dialogues entre Dieu et une âme malade, comme l’était la mienne, m’attendrissaient profondément. Je ne lisais pas, j’entendais… comme si cette voix douce et paternelle se fût adressée à moi-même. »

Jules Michelet est mort le 9 février 1874 à soixante-seize ans. Il avait été professeur au Collège de France, chef de section aux Archives, et membre de l’Académie des sciences morales et politiques.


LA JEUNE MENDIANTE


Sous le portique d’une église,
Révélant le besoin qui causait sa douleur,
Pour la troisième fois, par les ombres surprise,
Se plaignait en ces mots la fille du malheur :
« Je me meurs, je le sens ; je me meurs, car ma vue