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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/146

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DUMAS (ALEXANDRE).

ne réussiront pas beaucoup plus. Seul, il ne fut pas mécontent ; poète, il fut même satisfait : « Comme vers, dit-il, c’était un grand progrès sur Christine. » Soit, mais progrès perdu. Le tourbillon de la prose au jour le jour, la fougue de l’improvisation sans frein et dépensée partout, dans le livre, dans le journal, au théâtre, commençaient à l’emporter. Si, parfois, ses drames revêtirent encore la forme rimée, ce ne fut qu’avec l’aide de collaborateurs, dont les vers nombreux, s’enchevêtrant avec les siens plus clair-semés, ne permirent pas de savoir quelles étaient sa part et la leur. En 1837, pour Caligula, dont le charmant prologue semble toutefois être en entier de lui, on nomma tout bas un collaborateur ; pour l’Alchimiste de même, deux ans après, mais plus haut. Chacun savait que Gérard de Nerval, avec qui Dumas venait décrire l’opéra comique de Piquillo, s’était presque entièrement chargé du style. Quant à l’Orestie, plusieurs plumes y travaillèrent avec la sienne.

Il va de soi que le temps des poésies fugitives était alors, depuis de longues années, passé pour lui. Qu’auraient fait ces rimes volantes dans l’impétueux courant de tant d’œuvres ? Celles qu’on lira plus loin sont de sa jeunesse : le Sylphe fut publié, si je ne me trompe, dans la Psyché, recueil de 1832 ; l’Arrangement à l’amiable, ces jolis couplets imités de la Capuana, dont la musique de Reber a fait le succès, date du premier voyage de Dumas en Italie ; et la belle pièce À toi ! est l’écho passionné de l’un de ses premiers et de ses plus vifs amours ; cette « liaison, dit-il au chapitre cxliii de ses Mémoires, dont Dieu a permis que pour les mauvais jours il en restât un de ces vivants souvenirs qui changent les tristesses en joies, les larmes en sourires. »




ARRANGEMENT À L’AMIABLE


En me promenant hier au rivage,
Où pendant une heure à vous j’ai rêvé,
J’ai laissé tomber mon cœur sur la plage ;
Vous veniez ensuite et l’avez trouvé.

Aujourd’hui, comment arranger l’affaire ?
Les procès sont longs, les juges vendus,
Je perdrai ma cause. Et pourtant, que faire
Vous avez deux cœurs et je n’en ai plus.