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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/132

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Oh ! dites-moi, quand la lune se voile, Va-t-on encor rêver deux sous les bois ? Et des regards, dans le feu d’une étoile. Se cherchent-ils, de loin, comme autrefois ? Et la beauté courroucée et ravie Refuse-l-elle... un peu trop tendrement ? Que font-ils ceux qui sont en vie ? Moi, je suis mort pour le moment.

Oh ! dites-moi, des écrits pleins de flammes Sont-ils cachés parmi les fleurs du bal ? Sait-on troubler le cœur des jeunes femmes ? Avec l’Amour l’Hymen est-il bien mal ? Au noir hibou la colombe asservie Se venge-t elle... on ne dit pas comment ? Que font-ils ceux qui sont en vie ? Moi, je suis mort pour le moment.

Oh ! dites-moi, la belle poésie S’embellit-elle aux injures des sots ? Profanent-ils sa coupe d’ambroisie, Sa lyre d’or, son prisme, ses pinceaux ? Mais n’est-on pas, contre leur froide envie, Encouragé d’un sourire charmant ? Que font-ils ceux qui sont en vie ? Moi, je suis mort pour le moment.

Oh ! dites-moi, vous, que pour être aimée Mon plus beau rêve une nuit vint m’offrir ; Légère et tendre, et si vite alarmée, Charmante enfant, vous m’avez fait mourir : Vous que tout haut je nommerai... «Sylvie » Lorsque tout bas je vous nomme autrement ; Dites-moi : « Reviens à la vie », Et je renais dans le moment.