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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/126

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110 DESBORDES-VALMORE (M"" MARCELINE).

« Le petit mendiant perdu seul à cette heure,

Rôdant avec ses pieds las et froids, doux martyr !

Dans la rue isolée où sa misère pleure,

Mon Dieu ! qu’il aimerait un lit pour s’y blottir !"

Et Paul, qui regardait encor sa belle épée,

Se coucha doucement en pliant ses habits ;

Et sa mère bientôt ne fut plus occupée

Qu’à baiser ses yeux clos par un ange assoupis.

LE VER LUISANT

Juin parfumait la nuit, et la nuit transparente

N’était qu’un voile frais étendu sur les fleurs.

L’insecte lumineux, comme une flamme errante,

Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs.

« J’éclaire tout, dit-il, et jamais la nature

N’a versé tant d’éclat sur une créature.

Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour,

Celui qui dans la soie enveloppe sa vie,

Cette plèbe des champs dont j’excite l’envie,

Me fait pitié, me nuit dans mon vaste séjour.

Nés pour un sort vulgaire et des soins insipides,

Immobiles et froids comme en leurs chrysalides,

La nuit sur les gazons je les vois sommeiller ;

Moi, lampe aventureuse, au loin on me devine :

Étincelle échappée à la source divine,

Je n’apparais que pour briller !

Sans me brûler j’allume un phare à l’espérance ;

De mes jeunes époux il éveille l’amour ;

Sur un trône de fleurs, belles de ma présence,

J’attire mes sujets, j’illumine ma cour :

Et ces feux répandus dans de plus hautes sphères,

Ces diamants rangés en cercle radieux,