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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/105

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À L'OCÉAN.

Pour les infortunés ton aspect a des charmes,
Océan, n’es-tu pas le fleuve de nos larmes ?
Tes murmures plaintifs et tes rugissements
Ne sont-ils pas l’écho de nos gémissements ?

Terrible, échevelé, de ta couche profonde
Tu t’élances ; ta voix ébranle au loin le monde.
Comme le Tout-Puissant, sur l’abîme porté,
De nuages vêtu, de foudres escorté,
Tu roules sur un char traîné par la tempête,
La trombe est dans tes mains, l’orage est sur ta tête ;
Le flambeau de la mort t’éclaire et te conduit,
La terreur te devance et le chaos te suit,
Berceau de l’univers, toi qui seras sa tombe,
Abîme d’où tout sort, abîme où tout retombe,
Viens balayer ce monde impur, viens submerger
Tous les peuples toujours prêts à s’entr’égorger !