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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/476

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colonne de tabac de Lataki, avec des pipes de bambou ; nous bûmes, en fumant, un vin spécial appelé Lep-Fraidi, je n’en écris pas plus.

Avant de m’emboîter pour Paris, j’ai été dire un dernier adieu à la Méditerranée. II faisait encore beau sur le quai, le soleil brillant, le mistrao ne soufflait pas, le ciel était pur comme le jour où j’y fus avant de partir pour la Corse, alors que j’avais devant moi encore, et dans un rose horizon, un mois de beau temps, d’excursions libres, encore tout un mois de Méditerranée et de grand soleil. Les navires étaient attachés sur le quai par des câbles tendus, néanmoins ils remuaient un peu, comme les cœurs par les temps plus calmes, aussi amarrés au rivage, font des bonds qu’eux seuls sentent, pour repartir au large. J’ai encore vu quelques pantalons plissés, des pelisses arabes, des dolmans turcs, et puis il a fallu repartir, tourner le dos à tout cela, sans savoir quand je reverrai ni Arles, ni Marseille, et la baie aux Oursins, et les golfes de Liamone, de Chopra, de Sagone, le Prato, la plaine d’AIeria.

La première page de ceci a été écrite à Bordeaux dans un accès de bonne humeur, le matin, la fenêtre ouverte ; la rue était pleine de cris de femmes, de chansons, de voix joyeuses.

Maintenant il pleut, il fait froid, les arbres dépouillés ont l’air de squelettes verts ou noirs. Au lieu de partir bientôt pour Bayonne, pour Biarritz, pour Fontarabie, me voilà empêtré dans des plans d’études admirables, ayant cinq ou six fois plus