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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/445

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que le rôle insignifiant qu’y joue la femme ; si son mari tient à la garder pure, ce n’est ni par amour ni par respect pour elle, c’est par orgueil pour lui-même, c’est par vénération pour le nom qu’il lui a donné. D’ailleurs, il n’y a entre eux deux aucune communication d’idées et de sentiments ; le fils, même enfant, est plus respecté et plus maître que sa mère(1).

Tandis que vous voyez l’homme bien vêtu, portant une veste de velours, un bon pantalon de gros drap, la pipe à ia bouche et le fusil sur l’épaule, chevauchant à son aise sur une bonne bête, sa femme, à quelques pas de là, le suit pieds nus et portant tous les fardeaux. Vous voyagerez dans toute la Corse, vous y serez partout bien reçu, on vous accueillera d’une manière cordiale qui vous ira jusqu’au cœur, et le lendemain matin votre hôte pleurera presque en vous quittant ; de sa famille, vous ne connaîtrez que lui. En descendant de cheval vous avez bien vu des enfants jouer devant la porte, ce sont les siens, mais ils ne paraissent pas à table ; leur mère ne se montre presque jamais et reste avec eux tant qu’ils sont jeunes. Les liens de famille sont forts, il est vrai, mais à la manière antique, entre frères,

O Dans un curieux mémoire que M. Lauvergne a publié sur la Corse, il dit qu’il a vu un jeune garçon de douze ans environ s’amuser à tenir sa mère couchée en joue au bout de son fusil ; il lui faisait faire ainsi toutes les évolutions qu’il lui commandait et la faisait danser comme un chien avec un fouet. Le père était à deux pas de là et riait beaucoup de cette plaisanterie barbare.