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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/443

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nous disant de le suivre. Les arbres étaient si hauts, le soleil si resplendissant, toute la nature en un mot était si belle que nous n’avions guère peur, car on ne se figure bien une tragédie que de nuit et par un orage ; mais en plein jour, sous un beau ciel, quand les oiseaux chantent dans le bois, quand, les pieds tout fatigués, on se repose à marcher sur les tapis d’herbes, le cœur se dilate, s’épanouit, aspire en lui la vie luxuriante qui l’entoure, les couleurs qui brillent, tout le bonheur qui se présente. Comment croire alors à quelque chose de triste ? Cela pouvait être pourtant un bandit qui eût quelque querelle avec le capitaine, une vengeance à assouvir sur lui, mille choses probables. Comment se fait-il alors que ces préparatifs de guerre m’aient paru ridicules, et que je me sois diverti de penser qu’ils n’étaient pas peut-être inutiles ? Et à quelques pas de là nous avons rencontré des chasseurs. On voit dans les forêts, de temps en temps, de grands arbres calcinés qui sont encore debout au milieu de leurs frères tout verts et tout chargés de feuilles. Quand les bergers y ont rallumé le feu, et qu’il fait un orage, ils se brisent et tombent par terre ; quelquefois, leurs branches s’embarrassent dans celles des arbres voisins, et ils restent ainsi suspendus dans leurs bras ; les vivants tiennent embrassés les morts qui allaient tomber. Nous avons laissé passer devant nous nos compagnons et nous sommes restés, M. Cloquet et moi, à nous amuser comme des enfants, à faire les hercules du Nord, en soulevant