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finie, on détourne la tête et l’on regrette les chemins parcourus si vite, de sorte que l’homme, quoi qu’on en dise, aspire sans cesse au passé et à l’avenir, à tout ce qui n’est pas de sa vie actuelle en un mot, puisqu’il se reporte toujours vers le matin qui n’est plus, vers la nuit qui n’est pas encore (réflexion neuve).

Notre guide s’appelle Francesco, et nous faisons connaissance avec lui. Nous n’avons pas voulu reprendre celui qui nous avait conduits à Vico. Charles était un gros garçon joufflu, gai, obséquieux les premiers jours, mais d’une tendresse si exagérée pour ses chevaux qu’il nous défendait presque de les faire trotter. Nous nous sommes débarrassés de sa tutelle, et son successeur parait plus complaisant ; petit, maigre et hâve, il forme en tous points contraste parfait avec l’autre ; le temps nous dira si nous avons gagné au change.

A une lieue environ de Bocognano, au haut de la vallée dont ce village tient la base, on quitte la grande route d’Ajaccio à Bastia et l’on entre dans la forêt de Vizzavona. Le chemin devient de plus en plus ardu et difficile, si bien qu’il faut mettre pied à terre. Chacun marche comme il peut. Vers les 4 heures du soir nous sommes arrivés sur un plateau où nos montures et nous-mêmes avons soufflé à l’aise. Tout à l’heure nous avons failli peut-être avoir une aventure : un coup de fusil est parti devant nous sur la montagne, le capitaine s’arrête, appelle un de ses hommes, lui demande sa carabine, l’arme, et marche devant nous en