Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/441

Cette page n’a pas encore été corrigée



ÉCRIT AU RETOUR.

J’en étais resté à Marseille de mon voyage, je le reprends à quinze jours de distance. Me voilà réinstallé dans mon fauteuil vert, auprès de mon feu qui brûle, voilà que je recommence ma vie des ans passés. Qu’ont donc les voyages de si attrayant pour qu’on les regrette à peine finis ? Oh ! je rêverai encore longtemps des forêts de pins où je me promenais il y a trois semaines, et de la Méditerranée qui était si bleue, si limpide, si éclairée de soleil il y a quinze jours ; je sens bien que cet hiver, quand la neige couvrira les toits et que le vent sifflera dans les serrures, je me surprendrai à errer dans les maquis de myrtes, le long du golfe de Liamone, ou à regarder la lune dans la baie d’Ajaccio.

Maintenant, les arbres ici n’ont plus de feuilles, et la boue est dans les chemins. J’entends encore le chant de nos guides et le bruit du vent dans les châtaigniers ; c’est pour cela que je reprendrai souvent ces notes interrompues et reprises à des places différentes, avec des encres si diverses qu’elles semblent une mosaïque. Je les allongerai, je les détaillerai de plus en plus, ce sera comme un homme qui a un peu de vin dans son verre et qui y met de l’eau pour délayer son plaisir et boire plus longtemps. Quand on marche on veut l’avenir, on désire avancer, on court, on s’élance, regardant toujours en avant et, la route à peine