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pensée gauloise, échauffée au souvenir latin, ne s’en ira pas moins ; l’arabesque meurt avec Rabelais, la Renaissance, quelque belle qu’elle ait été, n’a vécu qu’un jour. Ce qui a été pour la pierre tout un jour de vie est une aurore, une ère nouvelle pour les lettres. C’est que la pierre n’exprime ni la philosophie ni la critique ; elle ne fait ni le roman, ni le conte, ni le drame ; elle est l’hymne. Il ne lui est plus resté après Luther, après la satire Ménippée, qu’à s’aligner dans les quais, à paver les routes, à bâtir des palais, et Louis XIV qui voulait s’en faire des temples pour y vivre n’a pu lui donner la vie ; le sang en était parti avec la foi, c’était chose usée, outil cassé dont l’ouvrier était mort. Tout ce que la pierre n’avait pas dit, la prose se chargea de le dire et elle le dit bien. Maintenant que nous croyons tout expirant, que trois siècles de littérature ont raffiné sur chaque nuance du cœur de l’homme, usant toutes les formes, parlant tous les mots, faisant vingt langues dans un siècle et renfermant dans une immense synthèse Pascal contre Montaigne, Voltaire contre Bossuet, Lafontaine et Marot, Chateaubriand et Rousseau, le doute et la foi, l’art et la poésie, la monarchie et la démocratie, tous les cris les plus doux et les plus forts, à cette heure, dis-je, où les poètes se rencontrent inquiets et où chacun demande à l’autre s’il a retrouvé la Muse envolée, quelle sera la lyre sur laquelle les hommes chanteront ? reprendront-ils le ciseau pour bâtir la Babel de leurs idées ? dans