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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/382

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j’aurais parlé de la culture, des exploitations, des chemins et des voitures, des grottes et des cascades, des ânes et des femmes, après ? après ?… est-ce que j’aurai satisfait un désir, exprimé une idée, écrit un mot de vrai ? je me serai ennuyé et ce sera tout. Je suis toujours sur le point de dire avec le poète :

A quoi bon toutes ces peines, Secouez le gland des chênes, Buvez l’eau des fontaines, Aimez et rendormez-vous.

Je suis avant tout homme de loisir et de caprice, il me faut mes heures, j’ai des calmes plats et des tempêtes. Je serais resté volontiers quinze jours à Fontarabie, et je n’aurais vu ni Pau, ni les eaux thermales, ni la fabrique de marbre à Bagnères-de-Bigorre, qui ne vaut pas l’ongle d’une statue cassée, ni bien d’autres belles choses qui sont dans le guide du voyageur. Est-ce ma faute si ce qu’on appelle Yintéressant m’ennuie et si le très curieux m’embête ? Hier, par exemple, en allant au lac d’Oo, quand mes compagnons maugréaient contre le mauvais temps, je me recréais de la pluie qui tombait dans les sapins et du brouillard qui faisait comme une mer de blancheur sur la cime des montagnes. Nous marchions dedans comme dans une onde vaporeuse, les pierres roulaient sous les pieds detios chevaux, et bientôt le lac nous est apparu calme et azuré comme une portion du ciel ; la cascade s’y mirait au fond, les nuages qui s’élevaient du lac, chassés