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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/363

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flots, j’ai vu tout à coup sortir de l’eau un baigneur qui appelait du secours pour deux hommes qui se noyaient au large. Je ne sais où étaient les garde-côtes ; il y avait au loin quelques amateurs qui restaient fort impassibles, on ne se dérangeait guère. A l’instant j’entendis des cris aigus, et une grande femme vêtue de noir, qu’à sa douleur expansive je crus être la mère de ceux qui se noyaient, accourait vers moi avec de grandes lamentations. Quand elle vit que j’ôtais vivement mon habit, elle augmenta ses éclats, me déboutonna mes bottines, m’exhortantà sauver ces malheureux, me comblant de bénédictions et d’encouragements. Je me mis à l’eau assez vivement, mais avec autant de sang-froid que j’en ai quand je nage tous les jours, et si bien que, continuant à nager toujours devant moi dans la direction que l’on m’avait indiquée, j’avais fini tout à coup par oublier que je faisais un acte de dévouement ; je n’étais ennuyé seulement que de mon pantalon et de mes bas que j’avais gardés et qui m’embarrassaient dans mes mouvements. A environ cinquante brasses je rencontrai un homme évanoui que deux autres tramaient à terre avec beaucoup de peine. Je me disposais à retourner avec eux et à aider ces braves gens.

— II en reste encore un second, me dit un d’eux.

— Allons le chercher, lui dis-je.

Et nous continuâmes à nager côte à côte assez vigoureusement, d’abord droit devant nous, puis