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cimetière de Bordeaux, grand jardin planté d’érables, où les tombes sont, je crois, plus bêtes que les vivants trépassés qu’elles renferment ; les pauvres habitent au milieu et ont l’avantage de ne point porter de nom et de regrets peints sur bois ou gravés sur pierre.

La vanité ici a eu recours à la bêtise qui l’a bien secondée. Des pyramides de granit sont entassées sur des épiciers, des sarcophages de marbre sur des armateurs ; au jour du jugement ceux qui ont le plus de pierre sur eux ne seront peut-être pas les plus prompts à monter au ciel, chargés qu’ils seront du poids de leur orgueil. Le concierge avait l’air piteux et rapace, sa mâchoire a souri comme une tombe qui s’ouvre quand il nous a vus entrer. Les cyprès étaient poudreux, déjà des feuilles jaunes étaient dans l’herbe, rien que la platitude du lieu était triste.

Un voyageur est tenu de dire tout ce qu’il a vu, son grand talent est de raconter dans l’ordre chronologique : déjeuner au café et au lait, monté en fiacre, station au cours de la borne, musée, bibliothèque, cabinet d’histoire naturelle, le tout assaisonné d’émotions et de réflexions sur les ruines ; je m’y conformerai donc autant qu’il sera possible.

J’étais curieux de voir le musée d’antiques pour expliquer à mes compagnons deux bas-reliefs dont j’avais lu la description le matin, mais je ne les ai point retrouvés et M. Cloquet, par intuition, m’en a nommé un que je ne reconnais pas.