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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/309

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pote; son mari n’y connaît rien, c’est un butor sous le rapport des arts.

Ce magasin seul fut cause de la fausseté de notre diagnostic, elle en porte en effet les plus belles pièces sur elle, afin de les avoir toutes prêtes à offrir aux amateurs : aujourd’hui un bra- celet, ce soir une collerette, demain une aumô- nière. Ce que l’on prendrait ainsi pour vice n’est que spéculation fort honnête, elle orne son corps non pour le mieux vendre, mais pour en faire une étagère.

II fallut se quitter pourtant. Or un matin, après des adieux fort aimables, nous partîmes de Saint- Malo pour aller coucher le soir à Pontorson.

La cathédrale de Dol, qui se trouve sur la route, est une église de bon style, à qui son gynécée trilobé donne une grâce charmante sans orne- ments , mais riche d’elle-même par ses hautes pro- portions. Elle rappelle bien, dans sa sévère ogive, l’orgueil métropolitain de ses évêques dont les descendants laissent encore debout dans le chœur leur crosse recourbée, dorée du haut en bas.

Arrivés de bonne heure à Pontorson et y bâil- lant dès aussitôt, nous allâmes, pour employer le temps à quelque chose, traîner notre ennui le long d’une promenade de peupliers, au bord d’une petite rivière qui coule parmi les touffes d’arbustes et les roseaux grêles des marécages. La vue s’arrête à un coude de la rive, ou flotte, in- certaine et sans rien qui l’amuse, sur une plate prairie régulièrement coupée par de longues