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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/294

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A part la disparition de cette police quadru- pède qui dévora jadis M. du Mollet, et dont voilà l’existence constatée par un texte contemporain, l’extérieur des choses a peu changé, sans doute, et même les gens civilisés qui habitent Saint-Malo prétendent qu’on y est fort arriéré.

Le seul tableau que nous ayons remarqué dans l’église est une grande toile représentant la ba- taille de Lépante et dédiée à Notre-Dame des Victoires. Elle plane, en haut, dans les nuages. Au premier plan, toute la chrétienté est à genoux, parlements, princesses et rois, couronnes en tête. Au fond, les deux armées s’entrechoquent. Les Turcs sont précipités dans les flots, et les chré- tiens lèvent les bras au ciel.

L’église est laide, sèche, sans ornements, presque protestante d’aspect. J’ai remarqué peu d’ex-voto, chose étrange ici en face du péril. II n’y a ni fleurs ni cierges dans les chapelles, pas de sacré-cœur saignant, de vierge chamarrée, rien enfin de ce qui indigne si fort M. Miehelet.

En face des remparts, à cent pas de la ville, I’flot du Grand-Bey se lève au milieu des flots. Là se trouve la tombe de Chateaubriand; ce point blanc taillé dans le rocher est la place qu’il a destinée à son cadavre.

Nous y allâmes un soir, à marée basse. Le so- leil se couchait. L’eau coulait encore sur le sable. Au pied de l’île, les varechs dégouttelants s’épan- daient comme des chevelures de femmes antiques le long d’un grand tombeau.