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gouverneur. L’année d’après (1590) ils obtinrent de tendre des chaînes, Fontaines accorda encore. Le roi était à Laval, il l’attendait. Le moment allait venir qu’il se vengerait d’un seul coup de toutes les humiliations qu’il avait reçues, de toutes les concessions qu’il avait faites. Mais il se hâta trop et se découvrit. Quand les Malouins vinrent à lui rappeler ses promesses, il leur répondit que si le roi se présentait il lui ouvrirait les portes. Dès lors on prit un parti.

Le château avait quatre tours. C’est par la plus haute (la Générale), celle en qui Fontaines se fiait le plus, qu’ils tentèrent l’escalade. Ces audaces alors n’étaient pas rares, témoin l’ascension de la falaise de Fécamp par Bois-Rosé et l’attaque du château de Blein par Goebriant.

On se concerta, on se réunit plusieurs soirs de suite chez un certain Frotet, sieur de la Landelle; on s’aboucha avec un canonnier écossais de la place, et par une nuit de brouillard tous par- tirent en rfrmes, se rendirent sous les murs de la ville, se laissèrent couler en dehors avec des cordages et s’approchèrent du pied de la Géné- rale.

Là ils attendirent. Un frôlement brusque se fit sur la muraille; un peloton de fil tomba, ils y atta- chèrent vite leur échelle de corde qui fut hissée le long de la tour et liée par en haut, par le canon- nier, à l’extrémité d’une coulevrine braquée dans l’embrasure d’un créneau.

Michel Frotet monta le premier, puis Charles