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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/240

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entaillé, sur des monceaux de fer, sur des madriers cerclés, sur des bassins à sec renfermant la carcasse nue des vaisseaux et toujours se heurte aux mu- railles grises du bagne, où un homme penché aux fenêtres éprouve le scellement de leurs bar- reaux en les faisant sonner avec un marteau.

Ici la nature est absente, proscrite, comme nulle part ailleurs sur la terre, c’en est la négation, la haine entêtée, et dans le levier de fer qui casse la roche, et dans le sabre du garde-chiourme qui chasse les galériens.

En dehors de l’arsenal et du bagne, ce ne sont encore que casernes, corps de garde, fortifications, fossés, uniformes, baïonnettes, sabres et tambours. Du matin au soir, la musique militaire retentit sous vos fenêtres, les soldats passent dans les rues, re- passent, vont, reviennent, manœuvrent; toujours le clairon sonne et la troupe marche au pas. Vous comprenez de suite que la vraie ville est l’ar- senal, que l’autre ne vit que par lui, qu’il déborde sur elle. Sous toutes les formes, en tous lieux, à tous les coins, réapparaît l’administration, la disci- pline, la feuille de papier rayé, le cadre, la règle. On admire beaucoup la symétrie factice et la pro- preté imbécile. A l’hôpital de la marine, par exemple, les salles sont cirées de telle façon qu’un convalescent, essayant de marcher sur sa jambe remise, doit se casser l’autre en tombant. Mais c’est beau, ça brille, on s’y mire. Entre chaque salle est une cour, mais où le soleil ne vient ja- mais et dont soigneusement on arrache l’herbe.