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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/236

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C’était une petite femme brune, grasse, sale, mal peignée, mal vêtue, dont les pieds larges, chaussés de bas bleus, s’épataient dans des souliers sans cordons, et qui portait un tablier noir usé sur son ventre rebondi par une grossesse avancée. A mesure que l’on s’écartait du rivage, sa terreur croissait et elle se rapprochait de plus en plus de moi pour s’accrocher à quelqu’un, pour saisir quelque chose. Dans le mouvement d’une vague plus forte elle se jeta à mes pieds et, m’étreignant aux flancs, elle s’enfonça la tête dans mes cuisses sans en vouloir sortir; ses boucles d’oreilles frot- taient mes mains, je sentais ses seins haleter sur mes genoux et tout son corps frissonnant de ter- reur qui se serrait sur le mien.

J’y prenais plaisir, pourquoi donc? est-ce parce que nous nous aimons davantage quand nous nous sentons plus forts que les autres? ou n’était-ce point plutôt parce que la virilité de l’homme se complétant de la faiblesse de la femme, s’en rehaussait de vanité, et y aiguisait son appétit? II y avait ainsi, dans ce simple attouchement, tout le rapport d’un sexe à l’autre et comme la com- munication de leurs caractères mêmes. Quoi qu’il en soit, cela ne manquait pas de douceur et j’aurais voulu que la traversée fût plus longue.

Et elle avait la crotte aux jeux !

Nous épions le moment du débarquement pour sauter avant tout le monde afin de planter là M. Genès, dont la société nous était devenue tout à fait intolérable. Au lieu de rester un quart