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— Moi aussi. Nous allons donc faire route en- semble, nous pourrons causer, ça nous distraira.

II était petit et commençait à prendre du ventre; ses cheveux noirs, coupés ras par derrière, fri- saient sur la tempe gauche en une boucle qui s’avançait jusqu’au coin de la paupière, et son cha- peau, s’en allant sur l’oreille droite, découvrait un front rétréci qui paraissait plus fuyant encore à cause de sa mâchoire allongée. Malgré ses joues pendantes, sa figure était maigre. II clignait sou- vent des jeux et n’arrêtait pas de sourire. Une redingote de Iasting, trop courte de taille, couvrait son dos voûté, et de ses manches trop petites sor- taient deux grosses mains rouges, mains pares- seuses, plus grasses que fortes, et dont la peau semblait humide. Sous un gilet de satin noir à schall, brodé de bouquets vert tendre, s’étalait une chemise de coton fort blanche, durement em- pesée, sur laquelle filaient les deux rubans blonds d’une chaîne de sûreté en cheveux qui retenait dans un large gousset sa belle montre d’or. Sur sa cravate affaissée, son cou engoncé tournait à l’aise, et son pantalon à grand pont, éraillé aux boutonnières et bombé aux genoux, s’arrêtait à mi-jambe sur la tige d’une forte botte dont le cuir dur ne ployait pas. II marchait vite, regardant à terre, baissant la tête et relevant l’épaule droite sous laquelle il serrait un formidable gourdin fait d’un bois des îles garni dans toute sa longueur de piquants aigus.

Et il causait! il causait! il parlait toujours, nous