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forme, les officiers seulement, le reste n’était que bisets, mais des bisets rares, vraiment en grande tenue avec des habits à queue de morue, des gilets jaunes et des gants noirs. Le dandysme du lieu consiste, je crois, dans cette affectation à mépriser le costume civique. Je dois avouer, à l’honneur d’Amboise, que je n’ai pas vu dans les rangs ou dans le rang (et je m’y attendais) aucun enfant habillé en artilleur tenant son papa par la main. Est-ce que cette monstruosité serait inconnue à cette bienheureuse ville ? ou bien la mode en est-elle passée ? ou bien les fortunes des particuliers ne sont-elles pas assez considérables pour atteindre à cette folle dépense ? N’importe, c’est honorable pour Amboise, car l’enfant habillé en artilleur et récitant des fables est le dernier degré de l’ignominie humaine.

Château d’Amboise. — Le château d’Amboise, dominant la ville qui semble jetée à ses pieds comme un tas de petits cailloux au bas d’un rocher, a une noble et imposante figure de château fort, avec ses grandes et grosses tours percées de longues fenêtres étroites, à plein cintre ; sa galerie arcade qui va de l’une à l’autre, et la couleur fauve de ses murs rendue plus sombre par les fleurs qui pendent d’en haut, comme un panache joyeux sur le front bronzé d’un vieux soudard. Nous avons passé un grand quart d’heure à admirer, à chérir la tour de gauche qui est superbe, qui