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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/202

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notre interprète, lui dit d’ôter le bandeau de laine qui la coiffait; elle le dénoua par un seul mou- vement de main, et toute sa chevelure d’un noir mat et sombre se déroula comme une cascade avec

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les fils sanglants qui la rayaient en rouge. Ecar- tant délicatement ses beaux cheveux mouillés qui étaient doux, épais, abondants, nous aperçûmes, en effet, sur l’occiput, une bosse grosse comme une noix, percée d’un trou ovale. Nous rasâmes la peau tout à l’entour; après avoir lavé et étanché la plaie, nous fîmes fondre du suif sur de la char- pie et nous l’adaptâmes sur la blessure à l’aide de bandelettes de diachjlon. Une compresse mise par-dessus fut retenue par le bandeau, recouvert lui-même par le bonnet.

Sur ces entrefaites, le juge de paix survint. La première chose qu’il fit fut de demander le râteau, et la seule dont il s’inquiéta fut de le regarder et de le contempler sous tous les sens. II le prenait par le manche, il en comptait les dents, il le brandissait, l’essayait, en faisant sonner le fer et ployer le bois.

— Est-ce bien là, disait-il, l’instrument de l’attentat? Jérôme, en êtes-vous convaincu?

— On le dit, monsieur.

— Vous n’y étiez pas, monsieur le commis- saire?

— Non, monsieur le juge de paix.

— Je voudrais savoir si c’est bien avec un râteau que les coups ont été portés, ou si ce n’est pas plutôt avec un instrument contondant. Quel