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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/185

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longue baie droite. II ne pose pas immédiatement sur la toiture, mais, à l’aide d’une base amincie dont les quatre côtés se rétrécissent et se touchent presque, formant un angle obtus vers la crête du toit. En Bretagne, presque toutes les églises de village ont de ces clochers-là.

Avant de rentrer dans la ville, nous fîmes un détour pour aller visiter la chapelle de la Mère- Dieu. Comme d’ordinaire on la ferme, notre guide prit en route le gardien qui en a la clef; il vint avec nous, emmenant par la main sa petite nièce qui tout le long du chemin s’arrêtait pour ramasser des bouquets. II marchait devant nous dans le sentier. Sa mince taille d’adolescent à cam- brure flexible, un peu molle, était serrée dans une veste de drap bleu ciel, et sur son dos s’agi- taient les trois rubans de velours de son petit cha- peau noir qui, posé soigneusement sur le derrière de la tête, retenait ses cheveux tordus en chi- gnon.

Au fond d’un vallon, d’un ravin plutôt, l’église de la Mère-Dieu se voile sous le feuillage des hêtres. A cette place, dans le silence de cette grande verdure, à cause sans doute de son petit portail gothique que l’on croirait du xiue siècle et qui est du xvi% elle a je ne sais quel air qui rappelle ces chapelles discrètes des vieux romans et des vieilles romances, où l’on armait chevalier le page qui partait pour la Terre-Sainte, un matin, au chant de l’alouette, quand les étoiles pâlissaient, et qu’à travers la grille passait la main blanche de la châ-