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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/179

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Rennes qui est à quarante lieues de là (voyage qu’il a exécuté une fois en quatre journées, y compris l’aller et le retour). «Toute mon ambi- tion , disait-il, est de retourner encore une fois dans ma vie à Rennes.» Et cela, sans autre but que d’y retourner, pour y retourner, afin de faire une longue course et pour pouvoir s’en vanter ensuite. II sait toutes les routes, il connaît les communes avec leurs clochers; il prend des chemins de tra- verse à travers champs, ouvre les barrières des cours et, en passant devant les maisons, souhaite le bonjour aux maîtres. A force d’entendre chanter les oiseaux, il s’est appris à imiter leurs cris, et, tout en marchant sous les arbres, il siffle comme eux pour charmer sa solitude.

Nous nous arrêtâmes d’abord à un quart de lieue de la ville, à Locmaria, ancien prieuré, jadis donné à l’abbaye de Fontevrault par Co- nan III. Le prieuré n’a pas, comme l’abbaye du pauvre Robert d’ArbriselIe, été utilisé d’une ignoble manière. II est abandonné, mais sans souillures. Son portail gothique ne retentit pas1 de la voix des gardes-chiourme, et s’il en reste peu de chose, l’esprit, du moins, n’éprouve ni révolte ni dégoût. Il n’y a de curieux comme détail, dans cette petite chapelle d’un vieux roman sévère, qu’un grand bénitier sans pilier, posé sur le sol et dont le granit taillé à pans est devenu presque noir. Large, profond, il représente bien le vrai bénitier catholique, fait pour y plonger tout entier le corps d’un enfant, et non pas ces cuvettes étroites de