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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/17

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enlève sur le sable la trace du flot qui est venu, on se dit seulement qu’il y en a eu, qu’il y en aura encore ; c’est là toute sa poésie et sa moralité peut-être ?

Le lendemain nous visitâmes une ruine plus ruinée : je parle de Chambord. Après nous être perdus dans la sotte campagne qui l’environne, nous y arrivâmes enfin par un long chemin dans le sable, au milieu d’un bois maigre, propriété de rentier gêné qui fait des coupes anticipées ; le château n’a ni jardin ni parc, pas le moindre arbuste, pas une fleur autour de lui ; il montre sa façade devant une grande place d’herbe grêle, au bas de laquelle coule une petite rivière. Quand nous sommes entrés un jeune chien s’est mis à aboyer ; la pluie tombait, l’eau coulait sur les toits et passait par les fenêtres brisées. On nous a introduits dans le logement du garde, où, en attendant que sa bonne, qui tient lieu de concierge, fût revenue de la messe, nous avons parcouru le livre des visiteurs.

Il est rempli de doléances légitimistes, jérémiades sur le maître et la maison, vœux pour le retour de l’auguste exilé, etc. Un certain abbé Sam..., aumônier du presbytère de X..., a écrit ce vers magnifique :

On peut être boiteux sans cesser d’être droit.

Un anonyme plus hardi a fait cette variante :

On peut être exilé sans cesser d’être roi.