Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/160

Cette page n’a pas encore été corrigée


ardeur pareille au laid comme au beau, au mes- quin comme au sublime? Hélas! hélas! rappe- lons-nous, pour excuser celui qui a fait cela et encore plus ceux qui l’admirent, nos prédilections maladives et nos extases imbéciles ! Évoquons dans notre passé tout ce que nous avons eu jadis d’a- mour naïf pour quelque femme laide, de candide enthousiasme pour un niais ou d’amitié dévouée pour un lâche...

Sortis de l’église enfin, nous retrouvâmes le soleil, le ciel, l’air, l’espace, et comme un oiseau joyeux qui s’échappe, quelque chose s’envolant de notre âme disait : «C’est cela! qu’il me faut, car Dieu est là et pas ailleurs. »

Le soir venait, on sonnait la prière dans les clochers. Nous descendîmes vers la ville par une ruelle à gradins de bois, longue, étroite, remplie d’herbes et qui coulait entre deux grands murs. Leur chaperon disparaissait sous le feuillage, par- tout les lierres s’y accrochaient, les orties blanches en cachaient le pied et ils n’avaient l’air bâtis que pour porter cette végétation charmante. C’était un torrent de verdure ruisselant à travers les mai- sons du haut de la côte en bas de la ville.

Nous nous en allions lentement, marche à marche, quand nous nous sommes retournés pour laisser passer un jeune garçon qui descendait en sautant. II était robuste et beau, ses cheveux bruns, que coiffait son chapeau rond de feutre noir, cou- vraient à demi sa veste bleue et à chacun de ses bonds s’envolaient et retombaient sur ses épaules;