Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/16

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


VaJentine de Milan, Isabeau de Bavière, Anne de Bretagne, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Claude de France, Henri III, Catherine et Marie de Médicis, et les Guise qui y ont laissé leur sang ; il a coulé à cette place. Vainement l’œil le cherche encore sur le plancher, avec les prunes de Damus que le Balafré avait jetées à côté dans la salle des gardes en disant «qui en veut» ; on a bouché l’escalier par où il descendit dans la chambre du roi, on ne voit plus rien, et cependant on regarde.

Après avoir servi aux noces du duc d’Alençon avec Marguerite d’Anjou, à celles d’Henri IV avec Marguerite de Valois, et aux sanglantes tragédies des Guise, le château de Blois resta tout ouvert pour recevoir d’autres fortunes : Marie de Médicis y fut enfermée et s’enfuit par cette fenêtre qu’on montre encore ; en 1716, Marie-Casimir, reine de Pologne, l’habita ; en 1814, Marie-Louise s’y réfugia après la prise de Paris, et aujourd’hui les touriourous y fument leur pipe et chantent la gaudriole; le sang a été lavé, le bruit des sarabandes et des menuets s’est évanoui avec le rire des pages et les frôlements des robes à queue. Que reste-t-il de ce que l’histoire en sait ? et de tout ce qu’elle ne sait pas ? Ce qui est plus tentant à connaître et ce qu’on s’en va demandant aux vieux lambris, aux vieux portraits muets qui vous regardent, aux tombeaux vides qui bâillent, secret qu’ils gardent pour eux seuls et qu’ils se murmurent dans leur solitude. L’histoire est, comme la mer, belle par ce qu’elle efface : le flot qui vient