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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/90

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montagne ronde toute verte, séparée de ce qui est derrière elle et avancée vers nous ; puis, derrière cette masse verte, un mamelon plus gros, qui dépasse le précédent en hauteur et en largeur, et de teinte roussâtre ; et enfin, dépassant tout cela, au troisième plan, le Parnasse, blanc, avec ses deux grandes côtes à chaque extrémité, et dont la base est verte.

La route tourne à gauche, et, pour l’Hélicon, semble d’abord éviter la montagne ; il semble que l’on va seulement prendre le Parnasse par derrière, que l’on a maintenant à sa droite. On se trouve dans un large vallon, au fond duquel coule un ruisseau tombant de rochers en rochers, de grandeur moyenne, en le lit d’un grand ravin ; l’eau, sur sa couche de graviers blancs et entre ses berges escarpées, m’a semblé, ainsi que les roches, couleur bleu turquin très pâle, comme si tout cela était lavé par une teinte délayée de bleu de lessive. La route est sur les bords de ce torrent, que l’on traverse plusieurs fois, tantôt à gauche, tantôt à droite. La montagne, à main gauche, est rayée en long, de place en place, par des lignes vert de bouteille, avec un fond plus brun, comme si le dessous était à l’encre de Chine : ce sont des sapins qui descendent, partant des grandes masses noires qui viennent après la zone de la neige. Du bas des sapins jusqu’à nous, grande pente creusée, couverte de verdure ; à main droite, la montagne de temps à autre s’achève en pans de murs naturels, placés à pic sur le sommet oblique de la montagne : ils s’arrêtent et reprennent, comme si l’intervalle qu’il y a entre eux fût une brèche qui les eût rasés.