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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/85

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très loin une montagne toute blanche, de la blancheur de la poudre d’iris, sur laquelle se joue une toute petite teinte rose : ce sont les montagnes de Corinthe.

Personne, silence complet, pas de vent, seulement de temps à autre le bruit de l’eau. On monte encore, et voici que s’ouvre devant vous un grand flot de terrain qui se courbe avec rapidité, se relève devant vous un peu sur la droite, et va s’écouler tout à fait à droite, vers la plaine d’Orchomène que l’on commence à voir. À gauche, mouvement grandiose, portant son bois de chênes brun rouge, violacé maintenant. Entre eux, larges pelouses qui descendent. La lumière tranquille, tombant d’aplomb et d’en haut comme celle d’un atelier, donnait aux rochers et à tout le paysage quelque chose de la statuaire, sourire éternel analogue à celui des statues.

Au premier plan, la descente ; traces d’une ancienne voie ; devant vous le terrain, très creusé, remonte en une haute montagne très portée sur la droite, et qui, s’échancrant et finissant brusquement à la partie gauche, laisse derrière elle et en perspective voir d’autres montagnes. Si vous tournez ta tête, vous apercevez la plaine d’Orchomène, toute plate, avec le lac de Copaïs s’étendant dessus en large, à rives basses, au milieu des sables. Nous descendons sur des dos de verdure. Troupeaux de chèvres ; la première que j’ai vue tout à coup était couleur isabelle et portait une grosse clochette de fer.

Max est loin devant nous ; deux dogues vigoureux, blanchâtres, à queue fournie, s’élancent sur mon cheval en aboyant, les pasteurs les rappellent