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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/84

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feuilles çà et là, tapis pour les pieds des Muses, quand elles descendaient boire au ravin.

Peu à peu, cependant, cela s’élargit, on monte, les deux côtés s’abaissent.

ZAGORA. — Déjeuner par terre sur une couverture que des paysans nous prêtent. La maîtresse du tapis a sur le dos deux grosses tresses de laine, tressées comme des cheveux, et portant au bout quatre glands d’argent ; autour de sa taille, une énorme ceinture noire ; jupon très brodé en rouge. Sur le gros paletot de dessus, broderies sous les aisselles et sur les deux côtés ; de la broderie sortent horizontalement des peluches, qui font des étages successifs de franges. Sur la tête, mouchoir d’une description difficile et que l’on nous promet de pouvoir acheter à Delphes ; pardessus elle croise un voile blanc. Ce costume a été observé sur une fille blonde rousse, à cheveux épars autour des joues, et qui nous rappelle en laid Mme Pradier.

Après Zagora, prairie, quelques peupliers épars, rares, espacés au bord de la petite rivière ; leur tronc ressemble à des têtards, et de là partent, se dirigeant immédiatement en haut, les branches. On entre bientôt dans un petit bois de chênes, les arbres vous viennent à la hauteur du flanc, on passe à cheval entre eux. Le terrain, ici, fait une grande courbe très adoucie, d’où il résulte que le sommet du bois, exposé inégalement à la lumière, revêt des teintes différentes : à droite foncé, clair devant vous, tandis qu’à gauche un glacis violet commence à onduler en nappe transparente sur la couleur de fer des feuilles.

Avant le bois, entre deux gorges, nous apercevons