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devenir fous si je restais ici. » Nous attendons le moucre qui doit nous conduire à Milassa.

Jeudi 17. — Quitté Moglah à 11 heures du matin. — Encombrement de chevaux dans la cour ; mine brigande des zeibeks, la manière dont ils mettent leur ceinture qui leur serre les fesses les force à marcher des hanches ; nous disons adieu à toute la maisonnée.

Presque toujours nous suivons une grande plaine, il n’y a qu’aux approches de Ekiissar que l’on monte un peu. La plaine est comme dans un parc, çà et là semée d’arbres espacés ; ce sont presque tous sapins ou chênes nains. La montagne de gauche, dont nous longeons le pied, est beaucoup plus boisée et plus belle que celle qui est à notre droite. Les montagnes ont la forme de grandes vagues, celles du fond sont bleu foncé ; le ciel est égayé de petits nuages blancs.

De temps à autre un gourbi, ordinairement ombragé d’un grand arbre. — Un grand platane évidé, séparé en deux à sa base et qui a l’air de s’appuyer sur deux pieds.

Au premier café où nous haltons, deux hommes se reposent ; l’un est vêtu à peu près comme un soldat turc (uniforme actuel), il vient de Smyrne, il a mis cinq jours, il y en a deux qu’il est parti de Gusel-Issar. Au second café, personne, tout est vide ; place de pelouse très verte et charmante, quelques tombes. C’est à gauche de la route que le terrain a un léger mouvement qui monte.

De temps à autre nous retrouvons la voie, comme les jours précédents, mais elle est plus effondrée et plus ruinée.

Nous avons pour escorte un nègre, dont le large