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de deux muletiers. Jusqu’à Daphné, rien que nous n’ayons vu dans notre promenade à Eleusis.

De la hauteur qui domine Daphné, le soleil, qui a brillé très beau toute la journée, nous permet de voir la mer plus immobile qu’un lac et d’un bleu d’acier foncé ; à gauche, les montagnes de Salamine ; à droite, la pointe de Lepsina qui avance ; au fond, en face, les montagnes de Mégare couronnées de neige. À Daphné, halte sous un treillage sans feuilles, où Giorgi raccommode la gourmette du cheval de Maxime, les dindons gloussent, le soleil me chauffe la joue gauche. À ma droite, un monastère grec. Nous descendons, le ciel est sec et très pur. Nous tournons, lacs Rheïti à gauche, nous passons entre la mer et les lacs. La mer fait de grandes rides, efforts pour faire des flots ; comme c’est tranquille ! L’atmosphère est bleu pâle, verdure affaiblie des oliviers. Quelles femmes se sont baignées dans ces mers-là ! Ô antique !

La plaine d’Eleusis (qui, lorsqu’on arrive au bord de la mer, au tournant de la descente de Daphné, est vue en raccourci et paraît comme une bordure au pied des montagnes) insensiblement se rallonge, s’étend ; c’est tout plat, fort long. Nous chevauchons au pas, un soleil traître nous mord l’occiput, dans la direction du petit village de Mandra. Avant d’y arriver : un bois d’oliviers, lit desséché d’un grand torrent (grand, respectivement). Ce que j’ai vu de plus large, comme lits de torrent, c’est à Rhodes et dans les environs de Smyrne. Dans ce village, on parle albanais. Enclos de pierres sèches, village comme tous les villages.