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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/71

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mouvement de terrain doux, remontant vers les montagnes ; à droite, la roche couleur de lichen verdâtre çà et là sur elle, et des cailloux ; au deuxième plan, la route descendant, puis la mer fuyant au large des deux côtés et fermée à l’horizon par les montagnes.

Tout à coup, au bas de la pente, on tourne à droite, les rochers sont taillés en ligne droite, on a fait la route à même : c’est l’ancienne voie incontestablement. Le chemin passe entre la mer et les lacs Rheïti, un pont vous fait passer sur la petite rigole qui les unit. Les lacs Rheïti ressemblent aux criques faites par la marée. On dit les lacs ; je n’en vois qu’un ou plutôt comme serait un marécage inondé.

Plaine de Thria. Au fond de la plaine, à droite, le village de Mandra, maintenant éclairé par le soleil : on n’y parle point grec, mais albanais. Route plate, monte insensiblement jusqu’au village de Lepsina. À l’entrée du pays, un puits antique : grand disque de pierres, rassemblées en guise de dallage et s’élevant jusqu’au point central, comme qui dirait le moyeu où est le puits même, c’est-à-dire le trou. Couleur verte des pierres à l’intérieur. Le fond de l’eau est ridé en demi-cercles continuels, par une grosse goutte d’eau qui tombe d’entre les pierres 5 ou 6 pouces plus haut.

Le village est composé de quelques petites maisons, baraques basses, à toit. Nous déjeunons dans un café où nous sommes servis par un jeune homme à nez droit, un peu épais du haut, joli col, cheveux bruns, tournure élégante sous son manteau blanc.