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très délayée. Dans la campagne, à un endroit qui semblait très désert, nous avons rencontré quelques tombes très couvertes de verdure. Hier, même rencontre, mais elles étaient couvertes d’épines. Avant d’entrer à Moglah, il y a un grand cimetière, le neuf et l’ancien ; des branches d’arbres arrachées sont posées sur les tombes, tout comme chez nous le buis bénit ; au lieu de croix ce sont seulement des turbans. — Il y aurait de belles choses à dire sur cette coutume universelle de répandre de la verdure sur les tombeaux. D’où vient-elle ?

Le Moglah est désert et surtout à cause du Courbbaïram ; beaucoup de portes ont des cadenas, les belles et grandes portes neuves ne sont pas rares. — Conac du gouverneur. —Visite au lieutenant du gouverneur ou chef des cawas, nous causons avec lui de la route à suivre.

Nous sommes logés chez des Grecs : chambre à estrade, découverte, cheminée aux deux bouts ; nous couchons vers celle de gauche en entrant, Stéphany établit la cuisine vers celle de droite. La maîtresse de la maison est une grosse femme à tétons pendants, à gros ventre et à visage ouvert. Petite fille de 11 à 12 ans, cheveux rouges, portant un enfant sur son dos, et filant son fuseau à la porte quand nous sommes arrivés. On égorge pour nous un poulet, qui se débat longtemps dans la cour, quoique la tête soit séparée des vertèbres. Stéphany, assis à la turque, avec son pantalon bleu persan, en chemise, nu-tête, au milieu de la famille, rangée en cercle, débite des histoires : on boit ses paroles : « Tous ces gens-là, savez-vous bien (avec le geste de l’index au front), je les ferais