Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/62

Cette page n’a pas encore été corrigée


difficile et ennuyeuse, à cause de ce long pavé troué qui n’en finit. En passant devant la caserne qui est près le grand champ, gueulade du soir des soldats qui saluent le Sultan. La première fois que j’ai entendu cela, c’est à Jérusalem.

Mardi. — Resté à l’hôtel, visite de M. de Margabel dans l’après-midi. J’ai mal aux reins et aux cuisses des soubresauts et du galop de mon cheval d’hier.

Mercredi. — Resté à la maison, reçu la visite d’Artim-bey, qui vient avec un pappas de ses parents, plus libéral que lui et dont il contient les excentricités politiques.

Jeudi 12, anniversaire de ma naissance. — À 5 heures je pars, monte en caïque avec Kosielski, et son domestique avec Stéphany me suit dans un autre. La neige couvre les maisons de Scutari et de Constantinople, ça fait des petits dés blancs. Dans les villages, sentiers glissants, il a gelé par-dessus ; nos chevaux bronchent, nous allons d’abord au trot, puis au pas. Une fois arrivés aux Eaux douces d’Asie, nous prenons dans la montagne. — Longs mouvements de terrain, vagues blanches de terre, du vent, personne ; çà et là, sur la neige, pattes de gibier. — Nous arrivons devant une espèce de maison que l’on bâtit, sorte de khan et de ferme ; des ouvriers travaillent aux fenêtres, nous passons. Quelquefois la route, contournant en creux une colline, fait comme la moitié d’un grand cirque ; au galop là-dessus, le bruit des pieds des chevaux est amorti par la neige. — Ferme des Lazaristes. — Un peu plus loin nous nous perdons ; sur l’indication de bergers bulgares, plus ours qu’hommes, nous piquons