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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/57

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tristes quoique grands. On a je ne sais quelle contrainte sur les épaules. Artim nous reconduit jusqu’à la maison qu’il fait réparer : petite cour entourée de murs, serre au fond.

Lundi 2. —Visite chez Antonia. — Arméniennes ou plutôt Grecques. — « Piccolo, μεγαλω », peur de ma barbe, gestes enfantins en se cachant sous sa pelisse de fourrure. — La mienne, dents découvertes et nez écrasé par le bout, corsage noir, poitrine très belle couverte de s….. sur le sein et au cou. L’homme qui fait des s….. à une p….. va de pair avec celui qui écrit son nom avec un diamant sur les vitres d’auberge. — Lithographies de l’histoire d’Héloïse et d’Abeilard sur les murs.

Mardi 3. — Rencontré Fagnart dans la rue, en sortant de chez M. Cadalvene. Le soir, au théâtre, ballet du Triomphe de l’amour : Dieu Pan en culotte avec des bretelles, cancan effréné de ces dames, admiration naïve du public. — Le major X et le petit secrétaire de Kosielski. — Térésa, grosse, couverte de bagues. Pourquoi ses protestations de fidélité à son amant et son dégoût de l’argent m’ont-ils tellement révolté que je suis rentré chez moi avec la mort dans l’âme ?

Mercredi 4. — Sorti seul avec Stéphany, par les hauteurs de Péra, et passé devant le grand champ. Froid, vent. Nous tournons à gauche et nous descendons à travers champs, nous remontons et redescendons, landes, rien. Au fond, à gauche, Constantinople. Dans les gorges, à l’abri du vent, il fait chaud. Tout à coup nous nous trouvons aux Eaux douces d’Europe ; un berger bulgare faisait paître ses moutons sur la pelouse où viennent