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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/52

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Affreuses guimbardes soi-disant européennes. — Nous fumons un narguileh près d’une tente d’où s’exhale une violente odeur de raki.

C’est bien en ces lieux que l’on vivrait avec l’odalisque ravie. Cette foule de femmes voilées, muettes, avec leurs grands yeux qui vous regardent, tout ce monde inconnu, qui vous est si étranger, enfants et jeunes gens à cheval, courant au galop, vous donnent une tristesse rêveuse, empoignante ; nous revenons à Constantinople sans ouvrir la bouche, le brouillard descend sur les mâts, sur les minarets, sur la mer.

Descendus au bout du pont de Mahmoud, nous remontons par le petit champ des morts de Péra : une baraque en bois, noir, dedans ; poules qui picorent à l’entour ; autre maison au bout du champ des morts, drapée de feuillage.

Dîner mauvais chez Schefer. — Manuscrits persans et arabes : vignettes moyen âge, reliure peinte ressemblant à J. de Bruges ; manuscrit sur l’art militaire, bonshommes à cheval (auxquels quelque enfant a fait une barbe avec de l’encre) qui s’exercent à la lance au sabre, lances à feu, feu grégeois.

Samedi 23. — Resté toute la journée à l’hôtel, à écrire des lettres et à prendre des notes. — Bain à Péra : petit masseur à figure de cheval (Maurepas, Mme de Radepont, Mme Rampai), yeux noirs, vifs, impudents, places de cheveux chauves, cicatrices de teigne. — Le soir, au dîner, Champagne bu à propos de la guerre déclarée par la Prusse à l’Autriche ; discussion littéraire avec M. Portier, à propos de Chateaubriand et de Lamartine. — M. de Noary est comme une âme en peine