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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/34

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Lundi 11. — Le matin nous descendons dans le village des Dardanelles, côte d’Asie. — Promenade en famille, pataugeant dans la boue des rues, qui sont du reste assez larges et, pour des rues turques, en hiver peu boueuses ! — Visité deux potiers. On fabrique ici de grandes jarres vertes, vernies, avec des fleurs d’or par-dessus et pouvant à la rigueur servir de pots ; il y a des monstres fantastiques, se rapprochant du Martichoras (ou plutôt de l’Alborak ! ). — Nous menons Mme Constant dans un grand café propret, chauffée par un manggal ; un Turc se lève pour la saluer quand elle entre. Ce café est en même temps la boutique d’un barbier et d’un dentiste. — Nous tâchons vainement d’entrer dans la forteresse.

Pendant toute la traversée des Dardanelles, je pense à Byron ; c’est là sa poésie, son Orient, Orient turc, à sabre recourbé ; sa traversée à la nage était rude.

GALLIPOLI. — Le soir, à 2 heures, arrêtés à Gallipoli. Il y a là un petit port avec beaucoup de petits navires tassés dedans ; la mer est assez forte, ça remue.

Au delà de la ville, aspects de campagne tranquilles et européens, ciel gris et froid, poules qui picorent dans un champ labouré. — Vieille forteresse dominant le pays et où nous nous promenons, mais nous laissons la compagnie de son côté et nous faisons le tour du pays tout seuls. Nous traversons un cimetière où il y a une vache, Stéphany demande sa route à des femmes turques assises sur le seuil d’une maison (fabriques de tombes) qui est au milieu du cimetière. Café sur le port : deux hommes, dans un coin à ma gauche, sont en affaires,