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Costa, anciennement belle, jeux noirs, parle très vite. — Nous revenons pour dîner. — Ereintés sur nos divans. — Arrivée du Père Jérémie et de M. Costa. — Sommeil sans puces.

Le lendemain, bain maure.

La ville est charmante, c’est une Venise orientale à demi abandonnée ; l’eau du canal a trois ou quatre pieds de profondeur, très bleue ; les voûtes sous lesquelles on passe se comblent par le bas. Maisons en ruines ; des chameaux goudronnés sont étendus par terre.

Le Père Jérémie, jovial, ressemble un peu à Bourlet : chéchia sur le derrière de la terre, cheveux ébouriffés, spirituel et très comique, fait cas des « bons vivants » : c’est son mot. Ancien curé de Boufarik, il a mangé, par expérience, du lion, du chacal, de la panthère, de l’hyène : il prétend que le lion est une excellente nourriture. Il élève un sanglier « n’ayant que quatre paroissiens », s’occupe beaucoup de vers à soie.

M. Costa, court, brun, excellent homme, abondance de képis, pantalon verdâtre, bordé de soie sur les coutures ; — Mademoiselle leur fille, grosse brune rougeaude du pays de Caux, en robe rose. Aux murs, gravures, images : Passage du Saint-Bernard, et des sujets vertuoso-polissons : le Mari, l’Enfant, l’Accouchée. On nous montre une belle lettre du fils, qui est en pension à Tunis, et il casco.

Après le déjeuner, nous pionçons sur nos divans. — Promenade dans le grand canal : pêcheries, clôtures en roseaux ; deux Napolitains nous conduisent.

Débarqué, fait le tour des murs du côté du grand