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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/319

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Au bas des citernes, sous le fort et à sa droite en regardant la mer, grand amas de ruines dans toutes les positions possibles ; quand on arrive vers elles, ça a l’air de vagues dolmens : morceaux de voûtes, grands blocs à demi couchés qui se tiennent d’eux-mêmes.

Course à la Goulette. — Langue de terre qui va se resserrant de plus en plus, lignes de murs propres, place européenne, cafés.

Passé de l’autre côté du canal. — Hammam-lif a l’air divisée, par vagues obliques, tons bleus et gris superbes.

Dans un café, j’examine à loisir l’illustre Karoubi, le premier ruffian de la Tunisie et qui a posé devant S. A. R. M. le prince de Joinville, dans une fonction extra virile. Il a l’air très vénérable : chapeau de paille et paletot de matelot, son chic participe du marin et du modèle d’atelier ; barbe longue, bagues nombreuses, calvitie sur le devant de la tête : peut poser pour un saint Jean.

Revenu à la Marsa au grand galop ; le soleil, comme un bouclier rougi, se couchait à gauche.

Jeudi 7 mai. — Notes prises au clair de lune. — Lever du soleil, vu de Saint-Louis : d’abord, deux taches, celle du jour levant, à droite ; la lune sur la mer, à droite ; le ciel, un peu après, devient vert très pâle et la mer blanchit sous le reflet de cette grande bande vague, tandis que la tache que fait la lune sur la mer se salit. La bande vert d’eau fagne dans le Nord, la mer s’étend orange pâle ; n’y a plus que très peu d’étoiles, fort espacées ; toute la partie Sud et Ouest de Carthage est dans une blancheur brumeuse, la prairie de Ta Goulette se distingue ; les deux ports, les montagnes violet