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cap. — De bons Turcs dans de bons cabriolets.

Le soir, station dans un café chic. Un banc de chaque côté du mur ; au milieu, une longue estrade. Trois musiciens juifs : un aveugle, jouant de la mandoline, long nez, aveugle et balançant sa tête continuellement comme un éléphant ; un pâle, haut front, jouant d’une sorte de violon sans corps ; un gros, bête, jouant du tambour de basque. Enfant de 12 à 13 ans, veste couleur vin d’Espagne, un trou au coude (il jouait de la mandoline avec une plume d’oiseau), front élevé, teint pâle, yeux superbement noirs, l’émail brillant, les narines relevées et fines, la bouche en cœur et les lèvres charnues, les dents un peu longues ; il restait dans la même attitude, le regard levé. Au plafond, quantité de cages d’oiseaux : on entendait le cri des petites bêtes, qui avaient l’air de se réjouir de la musique.

Aux murs, une lithographie coloriée, représentant une femme ; des images de manœuvres militaires (Epinal). Au fond, deux lions gigantesques tirant la langue.

Les spectateurs sont impassibles. Odeur de tabac, de café, de musc et surtout de benjoin. — Un gentleman qui nous fait brûler de l’encens sous le nez ; ses haillons de toutes couleurs lui donnent l’air d’être revêtu d’écaillés bigarrées.

J’ai rencontré à la Marsa un santon, couronné d’herbes comme un dieu marin.

Mercredi 28. — Achat de parfums, d’une ceinture, de petites bouteilles. — Pluie, boue atroce. — Le musée de l’abbé Bourgade. — Écoles religieuses. — Dîner chez M. Rousseau. — Promenade,