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chasseurs de porcs-épics ; quand ils en ont pris un, ils font un grand dîner. Ces mêmes hommes prennent les hyènes vivantes, les amènent à Constantine et les lâchent à leurs chiens. Pour prendre une hyène, ils vont à sa caverne, bouchent l’ouverture avec des toiles, et y laissent un trou. Ils poussent une sorte de zagarit, l’hyène vient au bord, le chasseur lui parle : « Tu es jolie, on te peindra de henné, on te donnera un mari, des colliers, etc. ». L’hyène s’avance, l’homme passe sa main enduite de bouse de vache : cette graisse, dont il frotte la patte de l’hyène, plaît à cet animal ; on y passe un nœud coulant. Alors les autres chasseurs, placés derrière, tirent à eux et la bâillonnent.

Nous mettons pied à terre, on contourne le rocher sur un petit sentier bordé d’un parapet, et l’on entre dans le Rummel. Cascades, peu d’eau au fond du torrent, énormes, à pic, couleur rouge, des trous d’oiseau ; des gypaètes tournoient dans l’air. — Une arche naturelle, elle a bien de hauteur deux cents pieds (c’est par là que des gens de Constantine, lors de la prise de la ville, sont descendus au bout d’une corde ; quant au bey, le tableau de Court est faux : il était dans l’intérieur), puis une sorte de tunnel ; en continuant, on arrive au pont d’Elkantara.

Le Rummel me rappelle Gavarnie et Saint-Saba, c’est dans le goût. Quelquefois le rocher s’élargit en manière de cirque, c’est un endroit féerique et satanique. Je pense à Jugurtha, ça lui ressemble. Constantine, du reste, est une vraie ville, au sens antique, un acros, ασξυ.

Légende : un nègre et un Romain se trouvaient