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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/293

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Un verre de malaga dans le Chalet. — Promenade au Prado pour aller demander une table à Courty, mais je ne retrouve pas Courty ; course qui n’en finit, c’est un quartier triste ; forcé, un fiacre me conduit au bout, où je reconnais la place pour être venu avec le père Cauvière.

Retour à l’hôtel. — M. Touraide ou Touraine, avocat d’Aix, tout blanc, un père Lormier passé à la mélasse, met son bonnet de velours pour dîner ; son épouse le regarde. C’est un avocat d’Aix que les cors aux pieds préoccupent vivement : « Mes bottes… » et la femme idem : « Je ne peux mettre que de vieilles bottines », — Le soir, Gymnase-Dramatique, où l’on chante diverses romances. L’odeur des latrines est tellement forte que je m’enfuis.

Vendredi midi, embarquement : beaucoup de troupiers, des émigrants pêle-mêle sur le pont ; tout cela se calme, le vent fraîchit, on disparaît dans ses cabines. Jamais je n’ai vu de personnel plus insignifiant ni plus taciturne. (Je n’ai pas depuis huit jours échangé dix paroles.) Le navire roule, engourdissement et mal de tête. Le soir, la lune se lève, mince et recourbée comme le patin d’une Chinoise ; il fait froid, je rentre me coucher.

Toute la journée du samedi, malaise et engourdissement, sans maux de cœur ; je dîne dans ma cabine, couché. L’ancien remède indiqué par le père Borelli (du Nil), du pain frotté d’ail, m’a réussi, et, le soir, je prends le thé tout seul. J’entends, la nuit, les dégueulades de mes compagnons.

À 5 heures, dimanche, je monte sur le pont, la terre d’Afrique est devant moi. À droite, montagnes