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comme un avorton, et dans une Adoration des Mages il a des formes de squelette. Est-ce déjà la Passion qui prévaut ? (dans une autre Nativité on voit au fond Judas Iscariote amenant les soldats), la douleur qui pèse sur l’enfant dès le ventre de sa mère ? Dans les Nativités et Adorations de mages espagnoles et italiennes, le Bambino est tout autre. Ou bien les peintres allemands ont-ils copié servilement le modèle ? le nouveau né des pays froids est-il ainsi ? cette dernière hypothèse me paraît moins raisonnable que la première.

ALBERT DÜRER. La Nativité de Notre-Seigneur (342, Galerie des chefs-d’œuvre). — Immense et profonde composition à soixante personnages. Il y aurait dessus tout un livre à faire. Pauvres figures, pâles, comme vos jeux sont tristes et pleins d’amour !

Au milieu, le Christ, qui vient de naître, entre la Vierge et saint Joseph ; de chaque côté, des hommes et des femmes en costumes du XVe siècle, qui prient le doigt dans un livre et l’œil perdu. De partout quantité de Chérubins qui arrivent, ceux du premier plan jouent et chantent de la musique, lisant le plain-chant ; d’autres, suspendus aux corniches de l’espèce de temple à colonnes et à arcades où la scène se passe ; un d’eux encense le Christ couché. Dans les fonds, une mer avec des nefs, une ville avec des églises, une montagne couronnée d’une forteresse vers laquelle montent des cavaliers, un pré où paissent les troupeaux, et les moutons vont boire à la rivière ; sur le bord du toit, une colombe, et un autre oiseau blanc qui vole.