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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/173

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devant nous, ça fait des rigoles carrées à demi pleines d’eau stagnante ; de temps à autre un troupeau de moutons, dont la présence nous est annoncée par des chiens velus et forts qui accourent sur nous en aboyant et poursuivent quelque temps nos chevaux. Après avoir aboyé ils s’en retournent ; en vain nous cherchons des pierres pour en emplir nos poches, nous n’en trouvons pas, si ce n’est une fois que je descends exprès et que j’en ramasse trois.

Il était deux heures quand nous nous sommes arrêtés à une sorte de khan, où l’on nous a dit que nous en avions encore pour neuf heures de marche.

Nous repartons au grand trot et au galop pendant une heure ; autre khan, il était trois heures.

Le jour baisse, il devient plus sombre, toute la journée, c’a été la même lumière immobile et blanchâtre, le soleil caché ne montrait pas même sa place, le ciel était porcelaine dépolie.

Les chênes sont un peu moins espacés, il faut se baisser pour passer sous les branches inférieures, j’y accroche mon tarbouch qui tombe dans l’eau. À notre droite, à travers les arbres, de temps à autre la masse pâle de la montagne du fond, celle qui est plus près de nous se rapproche et devient d’un bleu plus distinct ; à notre gauche, au delà de la mer que nous ne voyons pas encore, sommet neigeux des montagnes du continent. Nous allons, nous allons, au trot, toujours le même, les chênes n’en finissent.

Rencontré des gens à cheval et qui passent devant nous ; à ma gauche : « Calimera, Calimera ».

Les chênes s’éclaircissent, nous apercevons la