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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/169

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plus faible que le mien, est poussé par le courant ; il en a jusqu’au milieu des hanches et moi seulement jusqu’aux deux tiers des cuisses. — Sensation de l’eau froide quand elle vous entre par le haut des bottes. — Enfin nous arrivons tous sur l’autre bord, ayant lâché la bride à nos bêtes, qui s’en sont tirées comme elles ont pu.

Restait le bagage, nous l’attendons. Conseils et délibérations ; le parti fut vite pris, à savoir de traverser quand même. Des bergers nous indiquent un endroit, un peu plus bas, où il y avait une sorte de petit radeau de branchages et deux îlots d’herbes. On défait le bagage, que l’on portera à la main, et les bêtes, nues, traverseront à la nage. Maxime et François remontent pour assister à la natation des chevaux, tandis que je reste avec Dimitri (le cuisinier), Giorgi (le sais) et un jeune berger qui nous aide ; lui et moi nous faisons la chaîne. Glissant avec mes grosses bottes sur le talus boueux du fleuve, j’allais dans l’eau jusqu’au bout du petit pont, où le berger, ayant du fleuve jusque par-dessus les genoux, m’apportait le bagage, que nous avons ainsi passé un à un. Pendant que nous étions occupés à cela, arrive un troupeau de moutons : embarras, résistance des bêtes à cornes, qui f… le camp de tous les côtés ; les bergers gueulent et courent après. Muni d’un long roseau, j’aide à cacher le bétail ; on prend les premiers par la laine et on les passe de force, les autres suivent, moitié sautant, moitié nageant ou barbotant. Après quoi nous avons recommencé notre exercice de facchino ; je m’enfonce dans le pont et j’y reste accroché par un éperon, la mécanique s’était détraquée sous le poids des moutons. À partir de