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temple d’Apollon. Quand on lui tourne le dos, voici le paysage que l’on a :

Deux mers : le golfe de Messénie, en face, et à droite la mer d’Arcadie ; entre elles deux, sur la droite de la plaine de Messénie, le mont Ithome ; l’entre-espace des deux mers vous est bouché par une colline au premier plan, bombée comme un dos de tortue, derrière elle s’aperçoivent d’autres montagnes ; de derrière l’Ithome, à sa gauche, descendent deux chaînes qui s’abaissent obliquement en allant vers la mer et finissent en pointes allongées. À main gauche, au deuxième plan, montagnes à gorges, d’un ton roux, à ombres noires dans les creux ; derrière elles, deux chaînes successives, de dessins semblables, l’une apparaissant derrière la ligne de l’autre, toutes deux bleu sombre ; enfin derrière celles-ci, on aperçoit le sommet de montagnes couvertes de neige (surtout en se retournant sur la gauche) ; sur les neiges sont des nuages blancs, immobiles comme elles, mais moins blancs, enroulés, floconnés, longs, de même forme que le sommet des monts, et qui ont l’air de les continuer s’il n’y avait en dessous, à leur partie inférieure, une grande ligne de base, droite.

Au premier plan, à votre droite (c’est par là que nous sommes arrivés au temple), un vallon avec des chênes à perruques blondes, sur un terrain pierreux, gris, piqué de rare verdure ; dans l’angle évasé du vallon s’aperçoit la mer d’Arcadie. L’Ithome, jusqu’aux deux tiers de sa hauteur, et la partie de la plaine de Messénie qui y touche, sont noyés dans une lumière vaporeuse, bleuâtre, foncée, du même ton que la mer, qui