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est en pente, couleur grise : cela me rappelle des aspects de Palestine. Le temps est beau et nous promet une belle journée.

Bientôt on se trouve en face de la mer, le golfe s’étend, la route est étroite et cramponnée à la montagne, dont elle suit toutes les sinuosités ; sur la pente, à droite, des petits pins, quelquefois des caroubiers. On monte, on descend, le soleil brille ; la mer tranquille, à pic sous vous, a par places, au delà de la bordure blanche de son sable fin, de grandes places vert bouteille au milieu de sa couleur glauque claire ; la vague paisible expire et se retourne sur la grève. Pendant quelque temps nous sentons une violente odeur de charogne ; sont-ce les cadavres des victimes du Sciron ?

Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre.

(Phèdre.)

La place était bonne, un homme y arrêterait un régiment, le chemin est si étroit que, si votre cheval faisait un faux pas, on tomberait dans la mer, resserrée entre le précipice et la montagne. Le sentier est soutenu parfois par des pierres reliées avec des branches non dégrossies ; de temps à autre, restes de soutènements anciens de l’ancienne route. La couleur des roches qui vous dominent est grise, avec de grandes plaques rouges en long, à peu près de la couleur du Parthénon, mais plus brique, moins bitume ; entre les roches et vous, la pente est plantée de pins.

Soleil, liberté, large horizon, odeur du varech. De temps à autre la pente se retire et le chemin, tout à coup devenu bon, se promène au petit trot