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ferme à leur vue et je déjeune, comme les jours précédents, avec du pain sec. En face de moi est assis, jambes croisées comme un Turc, le maire d’un village voisin, il mange une ratatouille d’œufs ; sur ses cuisses passe son sabre ; sa figure est encadrée par sa coiffure, un petit turban noir, roulé autour de sa tête, pend des deux côtés sur sa joue, lui passe sur la partie inférieure du visage, en mentonnière, et va s’enrouler autour du col, comme un cache-nez ; c’est un grand gars d’une cinquantaine d’années, grisonnant, nerveux, l’air bandit et très frank.

Nous remontons sur nos bêtes trempées et nous poussons notre route ; il faut renoncer à aller à Thèbes et à Orchomène, nous allons coucher à Casa.

Nous pataugeons dans la boue, nous passons dans des marais, nos chevaux éclaboussent l’eau tout autour d’eux, j’ai le c… mouillé sur ma selle.

Des vanneaux et des bécassines s’envolent en poussant de petits cris, le chien du gendarme nous suit en trottant tant qu’il peut de ses petites jambes.

La grêle tombe ; nous passons dans des terres labourées où nos chevaux enfoncent jusqu’au dessus de la cheville ; sitôt qu’ils le peuvent, nous les faisons galoper ; la nuit vient.

En passant une grande place d’eau, le chien du gendarme se noie ; voilà le cheval de Giorgi qui se met à boiter et à enfoncer sa tête entre ses jambes, nous croyons un moment qu’il va crever sur place, et nous nous demandons si les nôtres nous mèneront jusqu’à Casa ; quant au mien, il commence à ne plus sentir l’éperon. Quand je dis