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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/662

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lurent participer à cette folle entreprise furent pourvus de fusils, de pistolets et de sabres. Sans perdre un instant, la troupe d’insurgés se divisa en deux colonnes. L’une, commandée par Martin Bernard et Blanqui, se dirigea vers la Préfecture par la place du Châtelet ; la seconde, énergiquement enlevée par Barbès, marcha vers le Palais de justice par le quai aux Fleurs. Il y avait, à la Conciergerie, un poste de municipaux comprenant une trentaine d’hommes. À la vue des insurgés en armes, le lieutenant Drouineau, chef du poste, s’avança pour savoir de quoi il s’agissait. « Bas les armes ou la mort ! lui cria l’un des assaillants. — Plutôt la mort ! » lui répondit le lieutenant. Un coup de feu lui répliqua, et il tomba mortellement blessé. Une décharge générale faite à brûle-pourpoint par les insurgés blessa une dizaine de municipaux ; les autres s’enfuirent en laissant le poste au pouvoir de Barbès.

« La bande continua sa route vers le Palais de justice, mais l’alarme était déjà donnée ; les portes étaient fermées et gardées ; les fenêtres garnies de soldats. Barbès, forcé de rétrograder, se replia sur la place du Châtelet, où il rallia l’autre colonne qui s’y était arrêtée sans rien entreprendre.

« Les deux colonnes, réunies en une seule, coururent à l’Hôtel de Ville où personne ne se doutait de rien. En peu d’instants, les insurgés s’emparèrent de l’Hôtel de Ville, du poste de la place Saint-Jean et de la mairie du IVe arrondissement, non sans tuer ou blesser quelques-uns des soldats qui essayèrent de résister.

« Quelques barricades furent construites ; mais déjà les troupes arrivaient de tous côtés ; deux brigades, commandées par Bugeaud, occupaient les boulevards, depuis la porte Saint-Denis jusqu’à la Bastille. D’autres soldats, sous les ordres du général Trezel, reprirent l’Hôtel de Ville et s’échelonnèrent le long de la rue Saint-Antoine. Les insurgés, refoulés dans les rues Beaubourg, Transnonain et Grenétat, s’y défendirent jusqu’à dix heures du soir. Enveloppés de tous côtés, et n’ayant pas réussi à soulever la population indifférente, ils se débandèrent. Barbès, atteint de plusieurs blessures, dont une assez grave à la tête, fut arrêté par les gardes municipaux dans la rue du Grand-Hurleur, chez un marchand de vin, où il était entré pour se faire panser.

« Le lendemain matin, les insurgés élevèrent une barricade dans la rue Saint-Denis ; quelques-uns se présentèrent en portant un cadavre devant l’École polytechnique, mais les élèves ne bougèrent pas ; la barricade fut enlevée, et à midi tout était terminé. Martin Bernard tomba, peu de temps après, entre les mains de la police. Quant à Blanqui, il échappa pendant six mois à toutes les recherches…

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« Elle (la Chambre des pairs) s’érigea ensuite en cour de justice pour juger les prisonniers faits pendant et après l’insurrection